31/03/2014

L'art de l'achat et de la vente : Lozowick


Louis Lozowick - Spring on 5th Avenue / Printemps sur la 5ème avenue, 1940 
Lithographie
Via Smithsonian American Art Museum

30/03/2014

L'art de la lecture : Jeremy Miranda


Jeremy Miranda - Library and cold sea
Via jeremymiranda




Jeremy Miranda : sur Etsy / sur son site

29/03/2014

Deux fois Millard Sheets (2) : Chavez Ravine



Millard Sheets - Chavez Ravine, 1929
huile sur toile



Chavez Ravine était un quartier pauvre de Los Angeles habité par des Chicanos. En 1950, la ville décida d'y construire un grand ensemble de logement social (public housing). De nombreux résidents mexico-américains furent progressivement poussés à quitter le quartier par des offres financières d'abord généreuses, puis de moins en moins intéressantes, suivant une technique éprouvée. 



Millard Sheets - Chavez Ravine
huile sur toile


Quand, suite à un changement d'équipe municipale (1), le projet de public housing fut abandonné, ce fut pour y installer le stade de base-ball des Dodgers

Le 9 mai 1959, après neuf ans de résistance, les quelques résidents Chicanos qui s'accrochaient encore furent surpris et expulsés par les bulldozers et les policiers en armes. 



The battle of Chavez Ravine
Mis en ligne par amarus12


La Bataille de Chavez Ravine a été documentée par un film de Jordan Mechner (un extrait ici) et un disque de Ry Cooder.



Ry Cooder - Chinito Chinito -  de l'album Chavez Ravine
Mis en ligne par Eoghain Bellamy






(1) Sur le contexte politique, voir Mike Davis, City of Quartz, pp. 122-123.



Sur Los Angeles on peut lire, outre évidemment City of Quartz (dont, faut-il le rappeler, l'édition française est amputée d'un bon chapitre) l'autre livre de Mike Davis consacré à la ville : Ecology of fear - Los Angeles and the imagination of disaster, dont seuls des extraits ont été traduits en français. Sur le même sujet les cinéphiles pourront découvrir le livre passionnant de Mark Shiel, Hollywood Cinema and the real Los Angeles (une critique ici) qui détaille les interactions et parallèles entre le développement de l'industrie du cinéma et celui de la mégalopole.

28/03/2014

Deux fois Millard Sheets (1) : Transports en commun


Millard Sheets - San Dimas Station, 1933
Aquarelle sur papier
Mark and Jan Hilbert Collection



Millard Sheets, aquarelliste, peintre, muraliste et architecte, travailla pour le PWAP durant la Grande Dépression - cette aquarelle date de la même période. Il est également connu pour avoir ensuite dessiné quelque 70 Home Savings Banks en Californie, voir ici ou - ainsi que la grande mosaïque de la bibliothèque publique de Detroit, sur Cass Avenue.

26/03/2014

Le greffe : Vogeler, encore


Johann Heinrich Vogeler - Mädchen mit Katze / Jeune fille avec chat, 1914
Via beautifuldavinci

25/03/2014

Ronde de nuit : magie noire





Monsieur Chat - Chaque fois qu'on sort du cinéma-le-plus-proche-du nouveau-panier-à-chats, on voit cette formule sur le mur, et on s'interroge...
Madame Chat - A-t-elle un sens caché ?
Monsieur Chat - Contient-elle une menace voilée ?
Madame Chat - Une malédiction imprécise ?
Monsieur Chat - Un maléfice crypté ?
Madame Chat - Une injonction subliminale ?
Monsieur Chat - Une critique cinématographique condensée à l'extrême ?
Madame Chat - Ça, effectivement, oui, ça me rappelle certains articles des Cahiers du Cinéma dans les années 70.
Monsieur Chat - Ah, oui, j'adorais ça...
Madame Chat - Bref...
Monsieur Chat - On s'interroge...
Madame Chat - Oui, on s'interroge...

24/03/2014

Les occupations solitaires : l'alouette


Johann Heinrich Vogeler - L’Alouette, 1899 
Eau-forte  
Strasbourg, Musée des Beaux-Arts

23/03/2014

Deux fois Drummond (2) : avec des palmettes


Malcolm Drummond - Girl with palmettes, ca 1920
Via alongtimealone




Malcolm Drummond fut l'élève de Walter Sickert et par suite fit partie du groupe dit de Camden Town. Mais il habitait un peu à l'écart des autres membres, à Chelsea.

22/03/2014

Deux fois Chelsea (2), deux fois Drummond (1) : en bibliothèque


Malcolm Drummond - Chelsea public library, 1920
Huile sur toile




Sesame street - At your library
Mis en ligne par wattamack4





Et pendant ce temps-là...

21/03/2014

Deux fois Chelsea (1) : Ammons/Larrain


Sergio Larrain - Chelsea Art Ball, London, 1958-1959




Gene Ammons - It's the talk of the town
Gene Ammons (ts) - Mal Waldron (p) - Wendell Marshall (b) - Ed Thigpen (d)
Enr. Rudy Van Gelder Studio, Englewood Cliffs, NJ, 5 Septembre 1962
Mis en ligne par jclc1608

20/03/2014

Rapport sur la première apparition des Cronopes en 1952 au théâtre des Champs-Elysées, au cours de l'entr'acte


Julio Cortázar, à propos de son livre Historias de Cronopios y de Famas / Histoires de Cronopes et Fameux, 1962
Mis en ligne par revistascriitorului



Le grand Cronope en personne à la télévision. On peut utiliser le bouton sous-titre (en bas à droite de l'écran, entre l'horloge et la petite roue dentée, mais il apparaît seulement après le démarrage de la vidéo, c'est ça, le truc)  pour afficher la transcription en espagnol, visiblement réalisée, elle aussi, par un Cronope.

On peut lire le livre (en espagnol, il ne faut pas pousser, hein) ici.

Et ceci est une modeste contribution à l'année Cortázar dont les rituels, cérémonies, danses et festivités sont détaillés chez Tororo Shiru.

A vos réceptacles, et bonnes salènes à tous.

19/03/2014

Ciel... Martin Lewis


Martin Lewis - L'aube, Sandy Hook, Connecticut, ca 1933 
Huile sur toile
Via urgetocreate



Surtout connu pour ses exceptionnels talents de graveur, Martin Lewis était aussi peintre. Les amateurs pourront jeter un œil, par exemple, sur Shadow Pattern,  Street Scene, Evening, New York City ou encore, à l'aquarelle, sur Lower End of the City - View Over Roofs (via i-spose) sans oublier, beaucoup plus souvent reproduits, les Biplans au-dessus de New York.

En complément au premier lien ci-dessus vers le Smithsonian, Les chats ne résistent pas au plaisir de quelques rappels, redites, bégaiements, radotages, rengaines, rabâchagesobsessions voire même idées fixes... Et ils tiennent comme à la prunelle de leurs yeux au catalogue de Paul McCarron depuis qu'il est épuisé et coté à des prix stratosphériques. Si vous trouvez un bouquiniste étazunien philanthrope et/ou mal informé, voire une bibliothèque universitaire multilingue, richissime et suréquipée (?) n'hésitez pas, c'est une splendeur.


18/03/2014

L'art au travail : Ben Aronson


Ben Aronson - Alchemist, 2010



Cette toile fait partie d'une série consacrée aux professionnels de Wall Street, courtiers, agents de change et analystes - on peut voir les autres toiles ici à la galerie Tibor de Nagy. Le site de l'artiste par  là. Et deux de ses plus beaux tableaux sur le blog Painting Perceptions.

Et oui, le tripatouillage alchimique de la finance, c'est aussi du travail - il ne faut pas surestimer le travail.


Danse avec les fantômes


Carel Weight - The Battersea Park Tragedy,  1974
Huile sur toile
Via Anne Karsten



Et ce soir-là j’ai vu le visage d’Isa sur l’écran de mon téléviseur.

On regarde ces trucs de guerre lasse. Un doc. Je ne regarde presque plus ces docs sur les politiques années 70, je ne lis presque plus de livres sur le sujet. Parfois je les achète et je m’aperçois que je les ai rangés avant de les lire, avec un vague haut-le-cœur. Parce que c’est toujours la même histoire, de vieux reniements hautains, de jeunes fascinations mal documentées, et le pire c’est le disque rayé des vieux persévérants. Bref.
Pourtant cette fois le sujet me concernait directement et j’ai appuyé sur le bouton en me disant tiens - quels vont être les nouveaux mensonges ? Et là, surprise.
Le machin se tenait à peu près, même très bien par moments. Quelques minutes criantes de vérité. Voilà.
Fucking french TV. Telling the truth. Just wait some 40 years for that.
Le sujet, c’était comment ils ont fini par supprimer le Service, après vingt ans de résistance sourde, de révolte ouverte, puis de dégoût multiforme et prolongé. Car les jeunes d’aujourd’hui, ma bonne dame, ils ne savent pas très bien ce que c’était de se trouver à 19 ans dans l’armée française des années 70 - 18 mois passés essentiellement à courir dans la neige et à nettoyer à fond. Jusqu’à gratter à la pointe de couteau entre les lames de parquets - probable qu’il fallait que tout soit nickel quand les Russes arriveraient. Sous le commandement de gens qui se vengeaient sur nous d’avoir perdu trois guerres, battus à plate couture et successivement par des mécaniciens allemands, des paysans tonkinois et des bergers kabyles. Et qui n’avaient de hâte que de se faire écrabouiller par l’Armée Rouge, une bonne fois, pour prouver leur valeur et retrouver le goût du bon vieux temps. Non qu’ils eussent beaucoup d’imagination dans la brimade - la plus courante c’était de nous faire faire des pompes en criant des trucs follement vintage comme
Brigitte Bardot est une belle femme
Mais j'suis trop con pour la baiser.
Je vois les gens se pâmer aux films de Schœndorffer, paix à son âme mais personnellement ça me laisse froid. D’abord je pense à Bardot, et puis J’ai tendance à penser que les vrais héros ce sont les enfants qui se font bombarder et griller au napalm, au passage.
Et je vous assure que s’il y avait un truc triste et moche c’était bien d’être jeune aux mains des gens qui fascinaient le cinéaste susnommé. Et je ne vous parle pas des jeunes arabes du contingent - oui, il  y en avait déjà, trois rien que dans ma batterie.
Bref.
Je regardais le doc, fucking french TV.
La manifestation de Draguignan était bien racontée, c’était le morceau de bravoure, à juste raison d’ailleurs - quelque deux cents bidasses en uniforme dans les rue de la Bonne Ville, organisés en comité, et filmés pour le coup. Avec interview des principaux animateurs, qui avaient évidemment payé le prix, assez fort, par la suite. Et des vues rapides d’une manifestation de soutien. Et Isa, là, juste au coin d'un plan.
Isa comme moi, on faisait partie d’un petit groupe aujourd’hui complètement oublié et qui bataillait ferme, campant sur la lisière imprécise entre les léninistes obtus et les joyeux troubadours. Pour des raisons qui me sont propres et qui n’intéressent personne, une bonne partie de mon activité militante fut un temps consacrée au soutien aux objecteurs (nombreux), insoumis (qui commençaient à pulluler) et déserteurs (de même, un peu plus clairsemés) ainsi qu’aux comités de soldats naissants (et clandestins). Ce qu’on appelait d’une formule pompeuse la résistance à la militarisation. Je dois dire qu’à l’époque je pensais que l’essentiel se passerait chez ceux qui refusaient d’y aller, et que nous n’avions absolument pas prévu la révolte massive dans les casernes. Et de toute façon au moment de Draguignan j’étais déjà sur un autre front, comme on disait alors. Tout ça pour expliquer que cette fois-ci j’ai appuyé sur le bouton du téléviseur.
La boîte à connerie va parler de trucs que je connais un peu.
Isa, c’était une lumière noire. D’un sérieux militant à couper au couteau, avec un sourire à vous faire fondre en larmes, et au fond des yeux les papillons nocturnes de la mélancolie.
Quand on connaît un peu les groupes militants, on fait très vite la différence entre deux catégories de gens  (je ne parle pas des chefs-nés, ceux-là ont leur propre rétribution en pouvoir un peu minable et en reconnaissance des ouailles). Il y a ceux qui y vont à fonds perdus et ceux qui se gardent une petite réserve de survie, une perspective de carrière de rechange, un jardin privatif en quelque sorte. Isa comme moi on était dans la première catégorie et ne croyez pas que je m’en fasse gloire - ceux qui avaient raison, c’étaient ceux qui pensaient aussi à leur peau, on l’a bien vu le moment venu.
D’ailleurs je ne l’ai pas vraiment connue, juste côtoyée régulièrement, et je n’arrive même pas à me souvenir si j’ai été amoureux d’elle, quand je me repasse le film tressautant et rayé de ces années, dans ma mémoire. Ce dont je me souviens parfaitement bien en revanche, c’est cela : Isa hurlant dans la rue au sortir des réunions interminables, Isa arrachant les affiches sur les quais du métro, Isa riant, métamorphosée, dans les virées nocturnes. Et les nuits passées au poste quand on se faisait ramasser en collant des affiches ou des trucs du genre. Libérés à l’aube, le café avec Isa, au bar du coin.
Je t’entends quand tu riais, quand tu riais sans cesse.
Un soir, le téléphone a sonné et à l’autre bout du fil il y avait une camarade qui pleurait toutes les larmes de son corps, et un peu plus peut-être. Isa était partie, probablement pour une tâche militante de plus, impérieuse et inutile, et si urgente qu’en enfourchant sa mobylette elle n’avait pas mis son casque. Le casque qu’elle portait en première ligne des manifestations - montrer que les filles sont aussi aptes à donner des coups que les garçons c’était important - elle l’avait oublié. Une fois de trop. Et toute cette nuit-là le téléphone a sonné un peu partout, et nous avons chialé, we sat down and wept. Nous avons pleuré la douce et dure et tendre Isa et, accessoirement, sur notre jeunesse.
Dans ma mémoire c’était en 75 et c’est à ce moment-là que tout a commencé à se déglinguer autour de nous. Le téléphone qui sonnait, c’était dans ce grand appartement qu’on avait loué dans le XXème, si grand qu’on s’attirait quelques remarques acerbes. Je sortais (nous sortions), sur les genoux, d’une très longue et grosse grève perdue et nous le sentions venir, le backlash. Il y en a qui disent qu’il s’est fait dans les années 80, pas du tout, il est venu beaucoup plus vite. Les Italiens ont tenu un peu plus longtemps mais en ce qui nous concerne en 77 c’était réglé, nous nous sommes débandés après un débat en clair-obscur - ce genre de discussion que les groupes radicaux se paient tous les huit ou dix ans et où les choses vraies se disent confusément, définitivement et dans la haine. Puis les ponts individuels se sont coupés, un par un, et vite.
Mais encore une fois, dans ma mémoire, c’est le soir de ce coup de fil qui fait le partage entre deux époques, deux versants, un clivage, une césure que je n’ai pas soupçonnée sur le coup, et qui est peu à peu devenue évidente dans toute sa précision - mais des années plus tard.
Les camarades sont devenus bien des choses. Les cabinets ministériels de gauche ont prélevé leur dîme. Les bureaucraties syndicales également. Le consulting aussi, avec plus ou moins de compromis. J’en connais même un qui est devenu banquier. Certains ont écrit des livres. Et il y a ceux, nombreux, qui sont restés au cul d’une machine dans un endroit peu confortable. Finalement, comme dit le poète, on connaît gens de toute sorte,
ils n’égalent pas leurs destins.
Je me souviens d’un copain, établi, comme on disait, dans une imprimerie-usine. Un beau soir la cellule qui le soutient se réunit, décide d’abandonner le turf, on a bien réfléchi tout ça n’en vaut plus la peine, et on fait une grande fête. On se dit ciao et le lundi matin il retourne bosser au cul d’une machine. Seul. 
Bon. Je ne jette la pierre à personne, après tout les erreurs politiques existent, je les ai rencontrées. Et moi aussi je me suis retrouvé au cul d’une machine, dans un endroit pas trop inconfortable d’ailleurs - je n’en demandais pas tant.
Des années plus tard, j’ai repensé à Isa - et un peu après, de plus en plus souvent. Maintenant, je peux dire qu’il n’y a pas de semaine sans qu’elle me traverse l’esprit, à un moment ou à un autre. Ces derniers temps, cela s’accélérait. Puis je l’ai vue sur mon écran. 
A vrai dire, je m’attendais un peu à reconnaître les petits camarades. Mais là, dans le coin en bas à gauche, Isa… Avec à la main le petit journal que j’écrivais et dont on faisait la maquette tant bien que mal à l’Imprimerie du Soleil, avec Moon, la camarade Moon. 
Et je sais qu’Isa va maintenant m’accompagner, par-ci, par-là. Ce n’est pas une expérience désagréable - comme un bruissement attentif, un tintement de diapason, Isa, et son sourire de Cheshire cat.
Bonjour, animula.
C’est une question que je me suis souvent posée - on sait par cœur ce que répètent les Grands Anciens survivants de ces années-là - logorrhée, actes de contrition, stèles, thèses et épigraphes, rien ne manque. Mais ceux qui sont morts précisément in illo tempore, avec dans leur sac le carnet de chants révolutionnaires et le petit guide de Victor Serge - qu’auraient-ils à nous dire ?  Que peuvent-ils faire pour nous ? Pouvons-nous leur demander, comme dans le poème d’Eliot

Pray for Guiterriez, avid of speed and power
For Boudin, blown to pieces,

For this one, who made a great fortune

And that one who went his own way.

Pray for Floret by the boorhound slain between the yew trees,
Pray for us now and at the hour of our birth.

Priez pour Guiterriez, avide de vitesse et de puissance
Pour Boudin, réduit en bouillie
Pour celui-ci, qui fit une grande fortune
Et celui-là qui alla son chemin.
Priez de même pour Floret, que le limier a déchiré entre les ifs.
Priez pour nous maintenant et à l'heure de notre naissance.


Je ne crois pas tant aux fantômes qu’à la perpétuation du souvenir, à son ressac contrarié mais incessant, et que nos mémoires sont les échos réverbérés d’autres mémoires encore - mais en un sens cela revient au même, pour les fantômes. Ceux qui sont morts en ces années-là, avec de l’amour dans les yeux et des illusions plein leurs poches, je crois qu’ils font ce qu’ils peuvent pour nous venir en aide et nous sauver du désespoir -
ils nous hantent.


(Ceci -1- est la réédition d'un billet publié déjà mais ailleurs, ce qui explique les passages en saxon, et -2- s'insère dans le fil repris récemment dans la Zone, à suivre...)



Le poème : T.S. Eliot, Animula, 1929. Traduction de Pierre Leyris, légèrement modifiée pour le dernier vers.

Le tableau de Carel Weight fait référence à un accident survenu dans un parc d'attraction anglais, au cours duquel plusieurs enfants trouvèrent la mort.

17/03/2014

Ronde de nuit : Linden Frederick


Linden Frederick - Redemption, 2011 
Huile sur toile
Via Artsy



Linden Frederick vit et travaille à Belfast, Maine.
Voir son site
et la galerie : Forum Gallery, New York.

16/03/2014

L'art de la rixe : le lièvre et l'escargot


Livre d'heures dites Heures de Maastricht, f240v détail, 1er quart du 14ème siècle 
British library, Stowe 17




Institutes de Justinien, f107v détail, 15ème s. 
Bibliothèque interuniversitaire de Montpellier, Médecine H 418




15/03/2014

Je me souviens : ah bon, c'était amianté ?


Ravi Shankar - Raga Bhimpalasi
Mis en ligne par Raga Dhaivatraj



J'ouvre le journal (1) : il paraît qu'il vont fermer Censier.

Je me souviens de Censier.

Je me souviens qu'on nous avait laissé toutes les universités, pour y faire ce qu'on voulait - toutes, sauf la Sorbonne.

Je me souviens que pendant quelques mois, même Dauphine fut un bastion gauchiste. 

Je me souviens des vigiles à la Sorbonne. Ils y sont toujours, d'ailleurs. 

Je me souviens des vieux appariteurs de Censier; le matin, ils nous aidaient à installer les tables de littérature marxiste-léniniste, puis il rentraient dans leur petit local vitré où ils lisaient le Petit Livre Rouge, que les militants de la Gauche Prolétarienne leur distribuaient gratuitement. 

Je me souviens du souk de Censier, entre le hall et ses tables de littérature marxiste-léniniste et la cafétéria. On y vendait des manteaux afghans, des narghilés, des tissus indiens, des robes à fleurs, des parfums, de l'encens et des substances assez diverses; de petits magnétophones diffusaient des ragas

Je me souviens qu'après la cafétéria il y avait les deux grands amphis du rez-de-chaussée - ils doivent toujours y être. Il servaient aux assemblées générales et à des projections de films. 

Je me souviens d'un film qui passait en boucle dans un de ces amphis, et dont j'ai oublié le titre. Fidel Castro y expliquait "en France vous avez des tas d'élections, municipales, cantonales, législatives, et à quoi ça vous sert, tout ça ?" et tout le monde riait parce que tout le monde était d'accord. Aujourd'hui tout le monde rirait mais dans un autre sens. Je me demande si c'est un progrès, et je ne sais pas répondre. 

Je me souviens que dans l'autre amphi j'ai suivi un cours de Jean-Michel Palmier sur George Herriman et Krazy Kat.



George Herriman - Krazy Kat, 17 octobre 1937



Je me souviens du jour ou le Bétar a voulu empêcher un orateur palestinien de prendre la parole. Toutes les organisations d'extrême-gauche avaient mobilisé leurs services d'ordre jusqu'au dernier membre, plusieurs centaines autour de la face et sur le parvis, casques sur la tête, rangés en carrés style légion romaine et frappant le sol en cadence avec des barres de fer sous les yeux éberlués des habitants aux balcons d'en face. Quand le Bétar était arrivé de Belleville avec ses battes de base-ball c'étaient les lambertistes qui avaient tout pris dans la gueule. Le SO de la Ligue avait voulu prendre les assaillants à revers en passant par-derrière la Fac, et il s'était perdu dans les jardinets des maisons attenantes.  

Je me souviens de la crèche autogérée de Censier, et des rangées de toilettes pour enfants qu'on avait fait installer. 

Je me souviens d'Elie Kagan, en faction un jour sur trois sur le parvis - les jours de cogne, pour les photos.

Je me souviens que chaque organisation politique avait son local dans la Fac, avec ses clés, son matériel et son téléphone, avec accès à l'international et évidemment sur écoute. Je me souviens que certains l'utilisaient quand même pour des coups de fil sensibles mais en parlant allemand, ce qui me semblait sujet à caution. 

Je me souviens que Georges Perec habitait juste à côté, au 5 rue de Quatrefages.

Je me souviens que je ne le savais pas, et que je l'ai appris plus tard, dans les livres.

Je me souviens de Thierry

Je me souviens de la méthode pour transformer une chaise de fac en quatre barres de fer au bout crochu, à des fins paramilitaires. 

Je me souviens que cela ne nous posait aucun problème. 

Je me souviens du moment où cela a commencé à nous poser problème. 

Je me souviens du Cordial, et qu'on buvait quand même pas mal. 

Je me souviens de Rosa et Famu. Rosa gagnait sa vie en travaillant pour des instituts de sondage, une semaine elle faisait un sondage sur les k-way - c'était le début de leur commercialisation - en présentant des échantillons. Elle avait ramené les échantillons à la réunion de cellule, on avait eu une discussion sur les k-way, c'était plus intéressant que d'habitude. 

Je me souviens de l'odeur de crasse et d'infirmerie dans les étages de Censier, en 68. On y soignait les blessés. 

Je me souviens d'innombrables et peu mémorables dazibaos. 

Je m'étonne de me souvenir de choses peu mémorables. 

Je me souviens de n'avoir absolument pas été préoccupé de l'avenir, et cela pendant plusieurs années.

Je me souviens du goût du chocolat de la cafétéria. Il était infect.

Je me souviens de l'année 72, on avait mis la fac en grève une dernière fois, vidée avec des piquets autour, on faisait des rondes et parfois on extirpait un TD clandestin de marketing qu'on escortait vers la sortie, ils nous jetaient des regards haineux, nos futurs chefs. 

Je me souviens que j'étais désespérément amoureux, que c'était le printemps et que nous nous sommes dit au revoir. 

Je me souviens que je ne suis plus jamais revenu.


(1) Même pas vrai : je clique sur le journal.

Je me souviens du temps où on ouvrait le journal.


14/03/2014

Bang : pas envisagé



La parisienne libérée - Arithmétique de l'accident nucléaire
Mis en ligne par La parisienne libérée





Extraits vidéo de l'entretien avec Sezin Topçu : Nucléaire et responsabilité civile

Entretien avec Sezin Topçu sur France Culture, émission Terre à terre du 5 octobre 2013




13/03/2014

Ciel... Algernon Newton


Algernon Newton - The House by the Canal, 1945 
Harris Museum & Art Gallery
Via James Russell

11/03/2014

Société du spectacle : Billy Sunday


George Bellows - Billy Sunday, 1923, lithographie




Ceci est la réédition d'un billet de Décembre 2008, dont la partie sonore était devenue inaudible, ce qui était bien dommage.  Je ne réédite pas systématiquement, seulement quand  l'original est devenu en partie ou totalement inaccessible.

Joueur de base-ball célèbre, Billy Sunday fut touché par la grâce par un après-midi de 1886, alors qu'assis sur le trottoir après avoir descendu quelques bières il écoutait un prêcheur à un coin de rue de Chicago. Devenu lui-même le plus populaire de ces évangélistes urbains qui installaient leurs tentes aux portes des grandes villes, il drainait des foules à partir de 1896 et jusqu'à la fin de la première guerre mondiale - époque où les premières salles de cinéma se mirent à concurrencer les "tabernacles" de bois où il réunissait ses ouailles. Mais il continua jusqu'à sa mort en 1935, et on estime qu'au long des ces quarante ans il avait pu faire dans les cent millions d'entrées, contribuant de façon significative à l'adoption du 18ème amendement, c'est-à-dire de la prohibition.

C'était un fondamentaliste de son temps, ennemi du darwinisme, de la danse, des jeux de carte, de la lecture des romans et de l'intervention de l'état dans l'économie. Mais c'était aussi un homme d'affaires pragmatique à l'écoute de sa clientèle, capable en 1925, à Memphis, d'organiser des soirées distinctes - l'une admettant les noirs dans une zone ségréguée, et l'autre à l'intention du Ku-Klux-Klan.

A part les fondamentalistes de notre temps (certes nombreux, grâce à eux on peut réécouter ses sermons ici et y réassister ) qui se souviendrait de Billy Sunday s'il n'avait pas inspiré les artistes ? Il ya les deux gravures de Bellows, bien sûr, mais aussi les romans de Sinclair Lewis. Il n'est pas sûr que les évangélistes itinérants de Babbitt...


...et surtout d'Elmer Gantry...


...soient directement inspirés de Billy Sunday - mais ce qui est sûr c'est que ce dernier, après la parution de Gantry, classa Lewis "dans la cohorte de Satan". Et après tout il y a fort à parier que Sunday était au premier abord tout aussi sympathique que ce personnage, tenez...


)
Burt Lancaster, dans le rôle d'Elmer Gantry, chante I'm on my way to Canaan's land,
avec ses nouveaux amis afro-américains.

Réalisateur : Richard Brooks 1960, d'après le roman de Sinclair Lewis
Mis en ligne par Zaychatina.



Et puis il y a ces deux chansons.

La première, Chicago, est écrite par Fred Fisher en 1922 et rendue célèbre par Frank Sinatra...



)
Mis en ligne par Ian Barrett



"Chicago... the town that Billy Sunday couldn't shut down" : où la Babylone des grands lacs clame, par la voix du copain de Sam,  sa résistance à la moralisation. Il paraît que certains des cantiques favoris de Sunday, comme "Brighten the Corner Where You Are", étaient détournés en chansons à boire dans les bars clandestins de l'ère de la prohibition.

Chicago, Chicago that toddling town
Chicago, Chicago I will show you around - I love it
Bet your bottom dollar you lose the blues in Chicago, Chicago
The town that Billy Sunday couldn't shut down

On State Street, that great street, I just want to say
They do things they don't do on Broadway
They have the time, the time of their life
I saw a man, he danced with his wife
In Chicago, Chicago my home town

Chicago, Chicago that toddlin' town
Chicago, Chicago I'll show you around - I love it
Bet your bottom dollar you lose the blues in Chicago, Chicago
The town that Billy Sunday could not shut down

On State Street, that great street, I just want to say
They do things that they never do on Broadway -- say
They have the time, the time of their life
I saw a man and he danced with his wife
In Chicago, Chicago, Chicago -- that's my home town.




La deuxième, c'est le Billy Sunday (The blues by the Jews) de Leonard Cohen :




Mis en ligne par PAUL T. Lynch


My name is Billy Sunday I speak in the name of God.
They call me Billy Sunday I speak in the name of God
And God is always angry
Just in case you think He's not

He's angry at your body

For reasons that are His

He doesn't like your body
According to reasons that are only His
I'd like you to know He's very very angry
But that's just the way He is
He's angry at the spirit

That is turned away from Him

He's angry at the spirit
That's turned away from Him
If He ever gets His Hands on it
He's gonna tear it limb from limb


They call me Billy Sunday
I speak in the name of God
They call me Billy Sunday

I speak in the name of God
And God is always angry

Just in case you think He's not



Les premières traces connues de cette chanson Billy Sunday (The blues by the Jews) remonte à une série de concerts (Birmingham, Manchester, etc.) de Décembre 1979. La chanson fait partie des prestations live de Cohen qui n'ont jamais été gravées sur disque, mais dont certains possèdent des enregistrements qui circulent ici ou là - ici la version du concert de Dublin, ma préférée.


He's angry at the universe
He drives him up the wall
I could say for a fact
He's not pleased with this universe
He drives him up the wall
He's sorry that He ever thought of you and me at all

He's angry when you're dying
And He's angry when you're dead
And you're always one or the other
He's angry when you're dying
And He's angry when you're dead
And He's furious at me
For everything I've ever said
If you feel His anger some night
Let's say in a Motel room at three a.m.
If you feel His awesome anger
In your Hotel room let's say at three a.m.
It turns out that He's still very angry
That you took so long to be afraid of Him

They call me Billy Sunday
I speak in the name of God
They call me Billy Sunday
I speak in the name of God
I came here to tell you that God is always angry
Just in case you think He's not

If you fall asleep some night
Which everybody does
If you have the nerve to go to sleep one tired night
Which most everybody does
And you happen to have some silly dream
To Him it's very serious.
And if some lonely night you ask yourself
Where all the pretty girls are gone ?
Some night you're gonna ask yourself where where
Where are those pretty girls gone
Then He blows away the little scraps of paper
That they write their names and numbers on
Then you find that you get down on your knees
And you want to renounce for all time a woman's sweet caress
You have some vocation that makes you kneel down
And renounce for eternity a woman's sweet caress
Then He causes you do touch yourself
As soon as you undress

They call me Billy Sunday
I speak in the name of God
They call me Billy Sunday
I speak in the name of God
And God is always angry
Just in case you think He's not.



Voilà, c'est le printemps avant terme, pour les chats comme pour les chiens, pour les pécheurs et pour les saints, et même pour les évangélistes. Profitez-en, car ça vaut mieux, bien mieux que de ressentir l'épouvantable colère de Dieu, seul dans une chambre de motel à trois heures du matin.

Le greffe : Markova


Dame Alicia Markova (Lilian Alicia Marks) dans La Chatte (Boris Kochno - Henri Sauguet - George Balanchine pour les Ballets Russes de Serge Diaghilev), ca 1927
Via Colette Saint Yves

Sur Markova, voir le blog de sa biographe Tina Sutton.