30/03/2013

Mirliton part sur l'étang



étangs, paluds, marais salants


où le soleil se fait rasant

  
se recroqueville en silence

  
la petite part de l'enfance

  
qu'on a gardée pour les oiseaux


et cachée plus haut que la lune
 

c'est une barque de fortune 


 c'est une ville au fond de l'eau



un tambour y bat la cadence
pour les bateliers de l'absence
- la mémoire est filet dormant,
étang, palud, marais salant...


Et pendant ce temps-là...
...dans le mur...


19/03/2013

Ciel... Ford Madox Brown


Ford Madox Brown - Crabtree observant le transit de Vénus en 1639, 1888
Tempéra sur panneau
Manchester murals series, Manchester Art Galleries
Source : Wikimedia Commons




Et, youpi, les chats sont en vacances (pas sur Vénus, mais par ici, par là) ... retour vers le 30 mars... 

18/03/2013

Hiver moscovite


Georgy Grigorievich Nissky - Подмосковная зима / Banlieue de Moscou, l'hiver
Via Viktoria/Maxiforum

17/03/2013

Ich will nicht diese Merde


Wolf Biermann - Der deserteur
Paroles de Boris Vian et Wolf Biermann, Musique de Boris Vian & Harold Berg
Mis en ligne par Messermephisto



Monsieur le Président
Ob Sie sich wohl bequemen
Ob Sie die Zeit sich nehmen
Und lesen meinen Brief:
Mich hat's erwischt, ich hab'
Die Musterungspapiere
Ich muß in' Krieg marschieren
Schon am Mittwoch geht es ab.
Monsieur, ich geh' nicht hin
Ich will nicht diese Merde,
Ich leb' nicht auf der Erde
Damit ich Mörder bin.
Was alle Welt längst weiß
- Sie solln es endlich wissen
Monsieur, sie sind beschissen,
Die Kriege sind ein Scheiß.

Von klein auf sah ich das
Sah Väter, die krepieren,
Sah Brüder losmarschieren
Sah Kinder tränen naß
Der Mütter Schmerz und Wut
Sah andre fröhlich prassen
Hurrah! und Hoch-die-Tassen!
Ahoi! im Meer von Blut.
Sah gute Kerls im Knast
Gebrochen und verbogen
Und ihre Fraun betrogen
Um all ihr bißchen Glück.
Bevor die Hähne krähn
Verrammel' ich die Türen
Ich will mein Leben spüren
Und mach' mich auf den Weg.

Und schnorr' mir meinen Fraß
- so komm' ich durch ganz France
Bretagne bis Provence
Und alln erzähl' ich das:
Sagt nein, wenn die euch ziehn!
Sagt nein zum Exerzieren
Sagt nein zum Kriegeführen
Sagt nein, und geht nicht hin!
Monsieur le Président
Ihr seid fürs Blutvergießen?
- Allez! laßt Eures fließen
Das wär' 'ne gute Tat!
Und steckt den Bulln Bescheid:
Ich geh' erstmal alleine
Und Waffen trag ich keine
- mich knallt man lässig ab. 





Il existe deux autres versions allemandes du Déserteur de Boris Vian, plus une version suisse allemande... et une traduction italienne (non voglio questa merda) de celle de Biermann. On peut les trouver, avec toutes les autres y compris la version puter (romanche de la Haute-Engadine) sur le site des Canzoni contro la guerra.

16/03/2013

Les intérieurs sont habités : Vuillard


Edouard Vuillard - Intérieur avec papier peint rose I, 1899 
Lithographie en couleurs 


15/03/2013

Le temps qu'il fait : Haïku dorso-lombaire et cantate appropriée




Hiver qui s'égoutte
J'ai glissé sur le trottoir
Fichu mal de dos






Francis Poulenc - Un soir de neige, 1944 
Cantate profane en quatre parties - paroles de Paul Eluard
De grandes cuillers de neige - La bonne neige - Bois meurtri - La nuit le froid la solitude
Brigham Young University Singers, Festival international de Cork, 2009, dir. Ronald Staheli
Mis en ligne par Matt Nielsen


De grandes cuillers de neige
Ramassent nos pieds glacés
Et d'une dure parole
Nous heurtons l'hiver têtu
Chaque arbre a sa place en l'air
Chaque roc son poids sur terre
Chaque ruisseau son eau vive
Nous nous n'avons pas de feu...

Texte complet ici... 

14/03/2013

L'art de la lecture : Adolph von Menzel


Adolph von Menzel – Main tenant un livre
Via Wolves in the city 





Et pendant ce temps-là... 
...pasteur et loup (en espagnol d'Argentine)...

..."Nous comparons les chiffres de mon compteur Geiger, de fabrication allemande, garanti  par l'Union européenne  - un Gamma Scout  qui m'a coûté pas mal d'argent -  avec ceux du petit compteur reçu au poste de contrôle. Pour les valeurs basses, les chiffres sont à peu près identiques. Dès que les valeurs augmentent, par contre, le mien donne des chiffres beaucoup plus élevés que le  modèle japonais."

13/03/2013

HM, par (et à) CC



Claude Cahun - Henri Michaux, Paris, 1925 
Via Derrière la salle de bains



J’étais occupé à voguer sur l’Atlantique et avant de vous rendre visite, je n’avais pas trouvé le moyen de débarquer…
Henri Michaux - Lettre à Claude Cahun, 4 juillet 1925





Claude Cahun - Henri Michaux, Paris (1925 ?)
Via Le journal de Jane  



Si vous entendez vers cette heure-là un bruit excessif et soudain dans l’escalier, allez ouvrir, c’est peut-être moi qui aurai eu une syncope. Je connais le truc maintenant. Depuis 6 jours, je le connais.
Henri Michaux - Lettre à Claude Cahun annonçant sa visite pour le lendemain, 19 septembre 1931




Claude Cahun - Henri Michaux, Paris, 1925
Via Third chapter




J’ai failli aller à Jersey, mais comme je ne plonge pas, comme je déteste l’eau, comme pourtant je sais nager, comme je me fais horreur en caleçon de bain, comme je ne parle pas anglais, comme d’autre part j’en sais assez pour souffrir du surplus que je n’entends pas, comme je ne voyage jamais au moment des vacances, comme je puis faire à Paris une vraie cure de silence et de solitude en ce mois unique où tout le monde est parti, comme dans une île je serais évidemment abominable et sans doute (plusieurs mots illisibles) de quelques milliers  d’autres considérations encore, j’ai renoncé à y aller maintenant / En hiver qui sait ?

Henri Michaux - Lettre à Claude Cahun, été 1929, s.d.



Claude Cahun - Henri Michaux, Jersey, ca 1938
Via Chagalov



Vous attendez de moi, qui ne sait rien, des nouvelles de Paris. Ils glissent tous à droite, non plus exactement et c’est pire, vers l’autorité. Même les Marx Brothers en leur dernier film sont devenus, me dit-on, tristes comme la pluie. Il semble que vous ayez eu rudement du flair en quittant cette ville où l’on a le plexus solaire foutu.
Henri Michaux - Lettre à Claude Cahun annonçant son arrivée à Jersey, novembre 1938.




Les trois premières photographies sont probablement prises, très peu de temps après la première rencontre d'HM et CC, dans l'appartement que Claude Cahun partageait avec Suzanne Malherbe au 70bis, rue Notre-Dame-des-Champs. On reconnaît dans deux de ces photos le buste de Claude Cahun par Chana Orloff (merci à Chagalov pour l'indication).

Pour les citations (partielles et éparses) des lettres d'HM à CC, cf. Raymond Bellour et Ysé Tran : Henri Michaux,  Œuvres Complètes I, Bibliothèque de la Pléiade, Chronologie.

Claude Cahun avait donné un surnom secret à Michaux. Elle l'appelait le chat-serpent

12/03/2013

10/03/2013

La Zone (4) : Autocar cicatrice


Guennadiï Vladimirovitch Charoïkine - Bus scolaire, 2012
Source



Rien ne distingue les souvenirs des autres moments: ce n’est que plus tard qu’ils se font reconnaître, à leurs cicatrices.
 Chris Marker - La Jetée, 1962


Le voyage avait été long.

En fait, je ne m'en souviens pas très bien, du voyage. En train, seul ou en groupe ? Dans la voiture d'un copain ? Plutôt un autocar affrété par la fraction, je pense - difficile de préciser, c'est loin.

Quand je me suis réveillé, j'étais allongé sur un lit de dortoir (mais peut-être que je ne me suis pas réveillé. Peut-être que j'avais juste jeté mon sac avant de m'étendre un instant. Peut-être).

Possible donc que je n'aie pas dormi du tout. Que le sommeil soit un faux souvenir. Comme tant d'autres.

Un grand dortoir de trente lits, ou même plus ? Il faisait froid. Très froid, on était un 31 décembre 1970. Au matin.

On avait voyagé toute la nuit, je pense.

Un dortoir de monastère.

Plus exactement, de maison d'hôtes de monastère. Les moines dorment en cellules, leurs hôtes en dortoir – enfin, c'est selon la richesse relative des monastères - aujourd'hui les chambres doivent plutôt être la règle. Le reste n'a pas dû changer. On reconnaît vite, habitude de jeunesse. Odeur particulière, nette, pauvre. Paternelle douceur des consignes affichées. Petite croix au-dessus de la porte. Envie de se tailler au plus vite. Pas à l'ordre du jour.

Une réunion politique de quelques jours dans un monastère quelque part, dans les Basses-Alpes, les Pyrénées ?

Il faisait très froid, j'ai tendu la main vers la couverture au pied du lit, rêche, brune, simple, militaire. A ma gauche le lit était occupé, Nous étions seuls dans le dortoir, S. et moi.

S. était (a toujours été) d'une beauté particulière. Pas de celles qui aimantent, mais de celles qui figent, et vous laissent interdits. Presque adolescente encore, déjà marmoréeenne. Autour d'elle, les flots s'écartaient, les militants se taisaient – bandes de petits mectons agressifs soudain calmés dès qu'elle ouvrait la bouche, calme, précise, avec autorité. S. était de ces filles qui, encore nouvelles arrivées, de bergères se font chefs de guerre, fondent des ordres monastiques ou sauvent des villes assiégées. S. était une sainte en mission chez nous autres, les mini-bolcheviks. Et, comme toutes les saintes en mission, S. était noyée d'angoisse.

Elle avait dû se réveiller avant moi. Elle était assise, ses deux mains enserrant une cheville, dans l'attitude de qui lutte contre une douleur.

Je ne suis pas un bon remède à l'angoisse. Je ne déborde pas d'anecdotes, je ne suis pas le boute-en-train des soirées collectives, pour vous rassurer je suis nul. Mais ce qui radiait par vagues depuis le lit d'à côté, ce jour-là, je n'avais rien à y voir et je n'aurais de toute façon rien pu y faire. Et si je me souviens si bien de ce moment-là, c'est que c'est par le silence qu'on connaît le mieux les gens. 

Nous sommes restés ainsi un temps sans rien dire, puis nous sommes descendus vers ce qui tenait lieu de salle de réunion.

La fraction avait dû naître (je n'étais pas là) en 1969, un an après l'organisation-soeur italienne. Cette dernière, une fois sortie de LaQuatre, était rapidement devenue une des quatre grandes (1) de l'extrême-gauche italienne. De leur côté les militants de l'ex-JCR qui allaient former la fraction, mis enminorité et même ratatinés lors du congrès de fondation de LaLigue, y étaient restés - et donc aussi dans LaQuatre abhorrée. Refusant de se définir comme trotskystes et, sur la fameuse question de la nature de l'URSS, se rangeant sur les positions de Socialisme ou Barbarie, allergiques au castro-guévarisme qui sévissait dans LaLigue, parce que certains avaient pu voir la bête de près à Cuba même, ils n'étaient toutefois pas allés jusqu'en Chine et étaient donc pour partie d'entre eux de sensibilité maoïste (2). Certains avaient continué à se réunir après le congrès, persévérant à l'intérieur même de LaLigue dans d'occultes menées fractionnelles, strictement interdites par le centralismedémocratique. Tout cela, on le constate, bien d'époque. Voilà pour l'idéologie, en gros.

La vie, c'était autre chose.

Déjà qu'à l'époque le quotidien militant commençait parfois très tôt à la porte des usines (andiamo a volantinare, auraient dit fort joliment les italiens) et finissait souvent très tard en réunion vaseuse... Mais en plus la fraction, clandestine pour ainsi dire au carré, vous convoquait entre deux et trois heures du matin – ou sinon quasiment dans les chiottes de la fac, tremblants de vous faire repérer par un espion majoritaire. Quant aux congrès ou aux réunions nationales, il ne fallait y compter que dans un monastère au fond des bois du 31 décembre au 1er janvier, seuls jours où l'on fût sûr que le trotskyste standard était chez papa-maman, en train de bouffer la bûche - ou le gefilte fish, qui sait.

Nous y voici, donc. Au monastère.

La fraction recrutait petit à petit les militants déroutés par l'orientation majoritaire, ce qui était mon cas (3). C'était donc mon premier congrès clandestin – pour S. aussi, je pense. Honnêtement, ça ressemblait à n'importe quel stage de la JEC de l'époque – et côté retraites au monastère j'avais une certaine expérience. On était une petite centaine. Les garçons avaient leurs guitares, les filles distribuaient les entrecôtes, quoi de plus naturel. Les chefs nous briefaient, on écoutait et on notait les citations de Marx et de Lénine (4). On avait des nouvelles des organisations sœurs du Milanais et de la Catalogne (5). On votait (peu). On repartait bourrés de vagues certitudes. De cicatrices futures aussi, mais on ne pouvait pas encore les voir.

On repartait en autocar ?  Je crois me souvenir de S., dans l'autocar.

C'est possible. De toute façon, le voyage serait long.

(Deux mois plus tard, un majoritaire plus futé que les autres piquait un de nos bulletins intérieurs, illico republié dans toute Laligue : nous étions des traîtres avec, circonstance aggravante, des accointances à l'extérieur. Sommés de faire repentance devant l'AG de ville en pleine salle de la Mutualité, nous claquions la porte en tohu-bohu et allions fonder notre propre franchise, un gruppetto à nous. Fin de la clandestinité - à la fin de l'année on aurait droit à la bûche, nous aussi - ou au gefilte fish, qui sait ?)

 

(1) Avanguardia Operaia, Lotta Continua, le PdUP et, essentiellement étudiant-milanais mais massif, le Movimento Studentesco (dit Ms della Statale). Potere Operaio était largement inférieur en nombre de militants, sinon en influence intellectuelle. Des quatre, c'étaient AO et le Ms qui avaient le plus de consistance organisationnelle, et qui ont formé le plus grand nombre de politiciens d'avenirenfin, ce qu'on appelle l'avenir dans les bureaux : à l'heure où j'écris le possible futur premier ministre italien est un ancien d'Avanguardia Operaia.


(2) Il faut se remettre dans le bain de ce temps-là, les groupes dont on refait aujourd'hui l'histoire intellectuelle - un peu religieusement, et tout à fait ex post - ne sont pas exactement ceux qui agissaient en réalité. S. ou B. s'était dissous trois ans auparavant, son dernier tronçon vivant, Pouvoir Ouvrier, était agonisant - mais leur influence intellectuelle était sans commune mesure avec leur présence physique. Dans des groupes estimables comme ICO ou les Cahiers de Mai les gens se comptaient sur le doigts de la main, on en retrouvait quelques-uns chez nous, lassés de la vie de chapelle. Les (marxistes-) libertaires, à leur habitude, vivaient sur leur propre planète - amicale certes, mais planète. Ce qui fait que l'essentiel du mouvement se retrouvait, soit dans les derniers restes des comités d'action et dans d'éphèmères comités de lutte, soit (et souvent en même temps) dans et à travers trois groupes - LaLigue, LaGépé et nous autres. Je sais qu'il est difficile d'imaginer que les mêmes militants pouvaient délirer sur la révolution culturelle en Chine, s'alimenter intellectuellement à la Vieille Taupe (celle d'avant l'infamie) et lire dévotement l'IS, mais c'était la vie - celle qui n'est pas ex post, mais ex ante.


(3) Dans les facultés, les lycées et les quartiers, Laligue poussait les militants des comités d'action à les quitter et à se regrouper en comités rouges, c'est-à-dire à adhérer chez elle. C'était une sorte d'automatisme chez les dirigeants de Laligue de rajouter l'adjectif rouge à tout mouvement qu'ils vouaient obstinément scinder. Les premières militantes de LaLigue à s'investir (langage d'époque) dans le mouvement de libération des femmes vinrent un jour s'enquérir auprès de Daniel Bensaïd de la stratégie à y appliquer (question-type à poser au chef-théoricien) et il leur répondit : pourquoi pas un mouvement des Femmes Rouges ? Comme de son côté Lagépé faisait de même à sa manière, le mouvement (le vrai, le mouvement d'ensemble) passa les années 69-72 à s'empêtrer entre ces deux armadas.


(4) Que je n'arrivais pas toujours à retrouver dans le texte d'origine, d'ailleurs. Mes premières expériences de do-it-yourself-theory.


(5) La Organización Comunista de España (Bandera Roja). Issus du PSUC (le PC catalan) les militants de BR étaient actifs dans les Comisiones Obreras (CCOO) du grand Barcelone. Leurs analyses des CCOO allaient dans le même sens que celles d'Avanguardia Operaia sur les CUB (Comitati Unitari di Base) : le parti révolutionnaire in nucleo (ce Graal des gauchistes de l'époque) était autant, sinon plus dans ces comités que dans les mini-partis autoproclamés. Cela dépassait assez le marxisme-léninisme zombifié pour nous séduire – mais c'était loin de suffire, comme l'avenir allait nous l'apprendre.




Avertissement d'ordre général, à propos des je me souviens.

Les je me souviens sont (en principe) des textes à contrainte thématique simple - contrainte dite "ne vas pas encore raconter ta vie" : chaque épisode ne peut être narré qu'une et une seule fois. Les retours sont interdits, les modifications par réédition sont autorisées. Le lecteur s'aventure à ses risques et périls, au fil hasardeux des tags. 

A un certain point de la narration - désormais atteint - la mémoire collective et l'archive sont sollicitées à un point tel que cette contrainte initiale ne peut plus être respectée. Elle est remplacée par une autre, dite "raconte ta vie, mais trois fois". Chaque épisode fait intervenir trois voix. 

La première, police Trébuchet gris-blanc, est la voix subjective, respectant la contrainte initiale de non-répétition. 

La seconde, de couleur orange, est la voix du rappel historique, de l'archive, de l'événementiel voire de l'anecdotique - elle documente et, forcément, elle est amenée à se répéter souvent. 

La troisième, de couleur bleue, est celle de la mémoire errante et, à sa manière, récurrente. Car la mémoire est comme ces projectiles bizarres, boomerangs, balles à effets. Elle ne court pas en ligne droite, elle balaie l'imprévu avant de nous revenir par des voies surprenantes. Elle a ses façons de bégayer pour réinterpréter.

Voilà, j'ai dit, et j'ai sauvé mon âme, youpi.


09/03/2013

Les vacances du bestiaire : Sebastian Münster


Sebastian Münster - Meerwunder vnd seltzame Thier / wie die in den Mitnächtigen Ländern / im Meer vnd auff dem Landt gefunden werden / Merveilles de la mer et animaux rares, tels qu'on les rencontre sur terre et sur mer au pays de minuit - Cosmographia, 1585 
Source : Wikimedia Commons


La galerie de monstres de Münster (ici en plus grand) est elle-même inspirée de la Carta marina d'Olaus Magnus. On peut lire une description détaillée de ses habitants chez Frank Jacobs /Strange Maps. 


08/03/2013

Ronde de nuit : Zorn


Anders Zorn - La patineuse, 1898 
Zorn Museum, Mora
Source





Et pendant ce temps-là...

07/03/2013

L'art de la conversation : Robert Tregenza


Robert Tregenza - Talking to strangers, 1988
Mis en ligne par Cinematic Movies


...en remerciant Les avant-dernières choses.


"Because here reality walks hand-in-hand with fiction. The great Levi-Strauss would say: the elementary structures of kinship between fiction and reality. And I would add that fiction, the slut, trips up reality as soon as reality wants to posess her.
Theirs is not a heterosexual marriage. Reality and fiction are man and woman at the same time, and each reproaches the other for what she or he is, not for being what he or she is not. And this film only could be made in America, which --as we have known since Giraudoux-- sees an enemy in only that which it resembles-- in its failings. There is a great tradition in solitary America of being in love with reality, from Thoreau through MAN OF ARAN and FACES. And Rob Tregenza belongs to that tradition-- that of speaking and listening to our daily reality. Not simply of loving life-- not the candid camera, no, a reflective camera."

Jean-Luc Godard, à propos de Talking to strangers


...et pendant ce temps-là
 ...Tendez vos arcs, nègres marrons...

06/03/2013

Les vacances du bestiaire : fifre et tambour


Diebold Schilling -  Illustration de la Spiezer Chronik - À la bataille de Laupen (1339), les ours de Berne partant au combat se rassemblent autour de leur étendard, menés par un fifre et un tambour, 1485
Bürgerbibliotek, Bern
Via Hominis Aevum




La bataille de Laupen s'inscrit dans une suite de défaites militaires des cavaleries féodales qui, de la batailles des éperons d'or à celle d'Azincourt, ont signifié la fin de la chevalerie. La ville de Berne fait partie des premières cités modernes à avoir pratiqué régulièrement (à partir du XVème siècle) certaines formes de démocratie directe, les Volksanfragen (1). Ce billet fait évidemment écho à une récente votation fédérale suisse, dont les résultats seront certes limités, mais après tout, après tout...



 
Musique de la Grande Écurie & des Gardes Suisses - Les Gardes Suisses (Fifre & Tambour) 
La Généralle - Marguery, Instruction des Tambours, 1754  
Marche des Gardes Suisses - Michel Corrette (1707-1795), Amusemens du Parnasse, 1769  
Air Suisse appellé le Ranz des Vaches - J.J. Rousseau (1712-1778), Dictionnaire de Musique, 1768  
Ariette du Déserteur - M. Corrette, Amusemens du Parnasse, 1769  
L'Ordre - Marguery, Instruction des Tambours, 1754  
Menuet sur le Chant de la Marche Suisse - M. Corrette, Amusemens du Parnasse, 1769 
Ensemble arcimboldo, Dir. Thilo Hirsch 
Fifres: Sarah van Cornewal. Boaz Berney, Sylvain Sartre, Richard Robinson T
ambours: Danny Wehrmüller, Walter Büchler, Dominic Labhardt, Patric Imhof
Mis en ligne par Arcifano





(1) Sur les limites bien connues de la démocratie directe en Suisse, voir ici.

05/03/2013

Les journées de Pénélope : Babylon, goodbye


Jan Bondol, dit Hennequin de Bruges (cartons) et Robert Poinçon (lissier), atelier de Nicolas Bataille -  Tenture de l'Apocalypse d'Angers - La chute de Babylone envahie par les démons, ca 1382





Rev. T.T. Rose and Singers - Goodbye Babylon
Mis en ligne par MegaLamka




 Tenture de l'Apocalypse d'Angers - La chute de Babylone envahie par les démons, détail




Et pendant ce temps-là...
...tous les êtres humains sur cette terre pourraient en théorie voir sans problème leurs besoins satisfaits sans qu’il soit nécessaire pour autant que chacun travaille quarante heures par semaine. Il est vrai que, travaillant moins, les hommes sont moins bien payés, voire pas payés du tout – mais n’est-ce pas déjà ce qui se passe de toute façon un peu partout ?...
 

04/03/2013

Le diable probablement : Schnittke


Alfred Schnittke - Cantate Seid nüchtern und wachet (Faust-Cantate), 1983 
VII - Es geschah / C'est arrivé
Extrait vidéo de "The unreal world of Alfred Schnittke" (BBC)
Choeur et Orchestre symphoniques de Malmö,
Inger Blom, Dir. James DePreist
Mis en ligne par losdosabuelos







Schnittke composa la cantate en 1982-83 sur la base, non pas de Goethe, mais du conte allemand original - l'histoire de Johann Faust  (ou Volksbuch) édité par Johann Spiess en 1587. Le titre Seid nüchtern und wachet cite la Première épitre de Pierre, 5:8 "Soyez sobres, veillez; votre adversaire, le diable, comme un lion rugissant, rode autour de vous, cherchant qui dévorer."

L'œuvre, présentée par Schnittke comme une Passion à l'envers, se concentre sur les dernières heures de Faust, partageant un dernier repas avec ses disciples, telles qu'elles sont racontées à la fin du Volksbuch. Le fragment "Es geschah" décrit la mort fort sanglante de Faust, racontée par Méphistophélès. Le chœur est composé des disciples de Faust. Es geschah, tango infernal, fait partie de ces musiques qui, une fois entendues, s'oublient difficilement.

Also geschahe es zwischen zwelff vnnd Ein Vhr jnn Mitternacht / Das gegen dem hauß her ein grosser vngestiemer wind gieng / So Das hauß vmbgeben / als ob es alles zugrund wolt gehn...

Il se passa entre minuit et une heure / qu'un grand vent vint battre violemment la maison / enveloppant la maison / au point qu'il semblait devoir la raser jusqu'au sol...



On trouvera ici (dans les commentaires) une traduction anglaise des paroles.

03/03/2013

Portrait craché : Meyerhold


Piotr Kontchalovsky - Portrait du metteur en scène Vsévolod Meyerhold, 1938
Galerie Trétyakov, Moscou
Via Soviet art 



En 1938, après la fermeture de son théâtre (Janvier 38) et avant son arrestation (Juin 39).

02/03/2013

Naissance, abandon, renaissance


Alexandre Askoldov - Комнссар / La Commissaire (1967)
Bande-annonce

Mis en ligne par  PeterShopMovie


 
La Commissaire, film de fin d'études d'Alexandre Askoldov, est en même temps le dernier qu'il ait pu réaliser. D'après une nouvelle de Vassili Grossman, c'est l'histoire d'une parenthèse dans la vie de Klavdia Vavilova (l'actrice Nonna Mordioukova), commissaire politique d'un régiment de l'Armée Rouge pendant la guerre civile, dans l'Ukraine de 1922. Enceinte, son commandant la met en congé pour accoucher dans la famille d'un ferblantier juif. Après des premiers contacts difficiles, la commissaire s'humanise peu à peu et sympathise avec sa famille d'accueil. Vient la naissance et la guerre reprend ses droits - on la voit donner le sein à son bébé, pleurer puis, laissant l'enfant là où il est né, partir en courant, image remplacée par celle du régiment avançant aux accents, évidemment, de l'Internationale.

Cas peu fréquent dans le cinéma soviétique, une famille juive est représentée avec tendresse et humour. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle le film est censuré pour "propagande sioniste" - Askoldov a de plus la malchance de le réaliser au moment de la guerre des Six Jours. La sanction est extrêmement sévère : on ne se contente pas d'étouffer le film en ne tirant pas de copie, ce qui était l'usage courant, mais il est officiellement interdit. Askoldov est décrété professionnellement inadapté, exclu du Parti, radié de l'Union des Cinéastes. Par la suite il devra gagner sa vie comme ébéniste, avant d'émigrer.






Askoldov n'était que le cas le plus emblématique du regel du cinéma, cette vague de censure et d'inquisition qui devait frapper, dès la fin de l'ère Khrouchtchevienne, les réalisateurs de la Nouvelle vague russe des années 60, les chestidessiatniki : Elem Klimov, Larissa Chepitko, Mikhaïl Kalik, Andreï Mikhalkov-Kontchalovski... et, bien sûr, Iosseliani, Paradjanov et Tarkovski.

Lors du second dégel (celui de la perestroïka après le 27ème congrès de 86) c'est la révolution à l'Union des Cinéastes, qui vire 35 membres de son bureau sur 50. Elem Klimov est élu président et une Commission des conflits est nommée, qui va descendre des étagères les vieux films interdits. Mais c'est encore La Commissaire qui suscite le plus de résistance de la part des vieux du Goskino, probablement par antisémitisme, toujours (1). Les négatifs avaient survécu dans le coffre-fort de Sergueï Guérassimov, on les y avait retrouvés après sa mort mais il faudra six mois de discussion pour arracher l'autorisation du film. Le Nika (pour la musique d'Alfred Schnittke) puis l'Ours d'argent de la Berlinale sauveront définitivement La Commissaire en 1988.

Il faut revoir La Commissaire - pour la première fois édité en France, mardi prochain - c'est le meilleur du cinéma russe de l'époque, un lyrisme tournoyant, stylisé et sauvage, digne des meilleurs moments d'un Kalatozov.  



Le film peut être regardé en entier (et en russe sans sous-titres) ici. Ou encore . Le documentaire de Valeriï Balayan sur le film, ici.

Sur la censure soviétique de l'époque au cinéma, on peut lire de Martine Godet, La pellicule et les ciseaux, CNRS éd., 2010. Et, sur la préservation par le Gosfilmofond des films censurés, la contribution de Vladimir Dmitriev, La conservation comme acte d'histoire, in Gels et dégels (1926-1968), une autre histoire du cinéma soviétique, Bernard Eisenschitz dir. - éd. Centre Pompidou/Mazotta, Paris, 2002.


Alexandre Askoldov - Комнссар / La Commissaire (1967)
extrait : Le flash-forward de la commissaire
Mis en ligne par hadera6 


(1) Voir Marcel Martin, Le cinéma soviétique, L'âge d'homme éd. 1993, pp. 135-137. Le même auteur remarque que "la plus grave accusation portée contre le film est d'être de la "propagande sioniste", péché majeur aux yeux de gens pour qui toute judéité est censée faire l'apologie du sionisme, amalgame aussi malhonnête que l'assimilation de l'antisionisme à l'antisémitisme couramment pratiquée en d'autres lieux", ibid. p. 58.

01/03/2013

Ma bonne dame, Paris sera toujours Paris, et la Tour Montparnasse...







...la seule chose qu'on voie à la fois de Montmartre...








...et du jardin du Luxembourg...








...où les anti-pigeons de Marius...







...de Calliope ou de David...








...n'ont jamais fait peur aux mouettes. 

Il fait gris, il fait froid et le printemps se fait attendre...








...pour l'immortel co-auteur des Déliquescences d'Adoré Floupette...


Mon cœur tarabiscoté
A pris un point de côté....


Mais Silène 
(de Dalou)
s'en fout






...et Junon,
elle surveille le Panthéon (1)...







...pendant qu'inattendus de tout petits bourgeons
poussent poussent malhabiles...






...autour de Leconte de Lisle.









(1) Il y aurait d'autre rimes en on.